Dans cette chronique, nous allons parler des diverses fêtes que l’on soulignait au Québec de la Sainte-Catherine jusqu’à la mi-carême. Elles se nomment fêtes populaires ou religieuses, fêtes de village ou soirées familiales, fêtes oubliées ou toujours célébrées… On fête souvent et parfois la célébration s’étale sur plusieurs jours. Plusieurs de ces fêtes sont encore fort populaires mais certaines sont oubliées, sorties de la tradition.
Festivités de la mi-carême. Courir la mi-carême (Île-aux-Grues) © Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique
FACE DE MI-CARÊME
Au calendrier des célébrations, le Mardi gras est suivi de la Mi-Carême, fêtée le troisième dimanche après le mercredi des Cendres. Il reprend essentiellement la même forme que le Mardi gras.
À l’Isle-aux-Grues, on célèbre encore cette fête selon la tradition d’autrefois.. Alors qu’on a bien festoyé le Mardi gras, le mercredi des Cendres commence donc la longue période du carême. Dès qu’on a 21 ans et ce, jusqu’à l’âge de 60 ans bien sonnés, on est tenu de faire son carême, c’est-à-dire jeûner tous les jours sauf le dimanche. Et pas de n’importe quelle façon. On ne peut prendre qu’un seul véritable repas par jour, généralement le midi. Le matin et le soir, il faut se limiter à des aliments très légers. Le carême se caractérise également par une grande retenue dans le domaine des loisirs et de la vie sociale.
Mais ce temps de pénitence et de privations est interrompu par une journée de réjouissances. En effet, le troisième jeudi après le mercredi des Cendres, on fête la Mi-Carême qui vient mettre une joyeuse parenthèse dans tout. Ce soir-là, comme au Mardi gras, tous participent à une veillée, chez soi ou encore chez un voisin. Comme au temps du Mardi gras, les enfants rentrent plus tôt de l’école, ils se déguisent en personnages et sillonnent les alentours dans l’espoir d’obtenir quelques sucreries. Les adultes aussi délaissent les travaux plus tôt et rejoignent les jeunes dans leur ronde de visites. En prévision de celles-ci, les femmes ont popoté comme pour les grandes fêtes et les tables se garnissent d’énormes pâtés de toutes sortes, de ragoûts et de fricassée ainsi que de tartes, de galettes et de crêpes multiples. Tout le monde est en appétit.
Voilà 23 jours qu’on se serre la ceinture! Il va sans dire que les assiettes se vident en un clin d’œil. Comme l’alcool est également permis, on s’humecte le gosier sans se faire prier. Pendant que la maisonnée fait honneur à la ribambelle de plats, une odeur de sucre vient titiller les narines aiguisées par un long jeûne. C’est la tire de la Mi-Carême qui dégage ce doux parfum. Sur le poêle ou dans le fourneau, la mélasse et le sirop d’érable bouillonnent avec un grésillement tout à fait appétissant.
À plusieurs reprises, tout au long de cette soirée du reste fort animée, un bruit sourd fait sursauter toute l’assemblée. On frappe dru à la porte du logis. Dans l’embrasure de la porte, des hommes et des femmes masqués ou au visage noirci de suie, vêtus d’étranges vêtements, font irruption. Ils courent la « Mi-Carême ». Il s’agit de voisins ou d’amis qui veulent rejoindre le groupe de fêtards. Dans certaines régions, on mentionne que c’est une vieille dame à la voix nasillarde qui se présente, incarnant la « Mi-Carême ». Lorsque la « Mi-Carême » s’amène, il est d’usage d’offrir un « p’tit coup de blanc» pour la réchauffer. Sa soif étanchée, la vieille fait le tour de la grande salle. Devant chaque personne, elle s’arrête, dépose son grand sac de toile sombre et en tire un mystérieux cornet de papier blanc. Chacun reçoit un cadeau dont le choix est déterminé par sa bonne ou mauvaise conduite. Dans le premier cas, le cornet contient des dragées ou des sucreries. Dans le deuxième, des patates gelées ou encore des écales de noix. La vieille y va de commentaires souvent très impertinents sur le compte de chacun. Son rôle lui permet une dose de franchise qui a l’air de réjouir l’assemblée et d’embarrasser la personne visée. Les enfants attendent leur tour avec impatience, mais aussi avec une certaine appréhension.
Lorsque leur écart de conduite est étalé devant tout le monde, cela fait beaucoup rire leurs parents. Une fois les cornets distribués, la fête se poursuit par une danse ronde qu’on effectue sans accompagnement musical. Durant le carême, on évite les réjouissances trop bruyantes. Malgré tout, on s’amuse ferme. Le lendemain, le sérieux reprend le dessus et le carême se poursuit avec ferveur.
Bientôt viendra le Semaine sainte, riche de rites populaires et de cérémonies religieuses fortement dramatisées jusqu’à son somptueux dénouement: la fête de Pâques. Fête printanière par excellence, la fête de Pâques met un terme aux privations.
Bonne fin de temps de fêtes à tous au Québec!